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Chapter 26 - ELENA ET LA BRIGADE FANTÔME !

Cette nouvelle équipe était composée d'anciens membres de la brigade du S.H.A.R.D.

Des visages que le système croyait rangés, des noms effacés des dossiers officiels, mais que la mémoire refusait d'oublier. Tous n'étaient pas informés de ce qui se passait réellement ici. Certains pensaient reprendre une enquête, d'autres croyaient simplement aider à réparer un échec. Peu savaient qu'ils marchaient déjà dans une zone grise.

Chaque personne avait un rôle précis.

Ils étaient dix-sept.

Dix-sept respirations différentes dans une même pièce. Dix-sept histoires, dix-sept façons de porter le poids du passé. Individuellement, ils avaient été brisés. Ensemble, leur efficacité se démultipliait, comme si la somme de leurs erreurs leur avait appris à frapper plus juste.

Celui qui avait réuni cette équipe, c'était Loïc.

Il avait passé des nuits entières à écrire des listes, à raturer des noms, à hésiter, puis à recommencer. Chaque nom ajouté était un risque. Chaque appel passé résonnait comme un pas de plus vers quelque chose qu'il ne pourrait plus arrêter.

La première personne à qui il parla de son projet fut Bradford, le chef du commissariat.

Ils étaient seuls dans son bureau. L'air sentait le papier ancien et le café froid. La pluie battait contre les vitres, régulière, presque hypnotique.

— Je pense que si on met nos forces en commun, on peut accomplir de grandes choses, avait dit Loïc.

Sa voix tremblait à peine, mais dans ses yeux brûlait une détermination dangereuse.

Bradford avait souri lentement. Un sourire fatigué, chargé d'années d'échecs et de compromis.

— Même si ton idée est bonne, répondit-il, on ne peut pas mener une enquête sans piste. On ne sait rien de ce tueur. Même pas son mode opératoire.

Il marqua une pause, se leva, regarda la ville à travers la vitre embuée.

— Et sans compter que cette affaire ne nous concerne plus vraiment.

Loïc inspira profondément.

— Alors commençons par notre ville. Si on trouve une piste… on formera une équipe.

Bradford ne répondit pas. Mais son silence valait une autorisation tacite.

---

Une semaine passa.

Une semaine à retourner le meurtre de mon père sous tous les angles. Loïc et Richard fouillaient, relisaient, comparaient. Jusqu'à ce qu'un détail, minuscule, presque insignifiant, devienne le moteur de tout le reste.

C'est ainsi que naquit la Brigade Fantôme.

---

Rory marchait lentement dans l'immense entrepôt.

Ses pas résonnaient sur le sol de béton, secs, creux. L'air était froid, chargé de poussière et d'odeur de métal. Les néons grésillaient faiblement, projetant des ombres déformées sur les murs.

Son regard oscillait entre l'étonnement et la peur.

Devant lui, un grand tableau couvrait tout un pan de mur. Des photos, des cartes, des dates, des fils rouges tendus comme des veines ouvertes. Toutes les informations sur le tueur de la forêt ensanglantée.

Des éléments que tout le monde connaissait déjà… mais revisités avec un regard nouveau. Celui de l'espoir. Celui qui refuse de mourir.

Rory sentait le poids de ce fardeau peser sur ses épaules. Les visages autour de lui étaient fermés, marqués par la fatigue et la tension. Ils n'étaient pas là pour la gloire. Ils cherchaient quelque chose de plus précieux à leurs yeux.

La paix.

Ou bien ma mort.

Mais la mort est mon désir.

Alors je comprends ce qu'ils ressentent.

Une discussion éclata près du tableau.

— Si le tueur était dans cette forêt, dit Luc, ça veut dire qu'il vit à proximité.

Luc faisait partie des volontaires de la battue. Un orphelin. Quelqu'un qui avait dû apprendre à survivre avant même de vivre. Devenir policier avait été sa façon de donner un sens à l'absence.

— Il vit dans la même ville, continua-t-il, ou alors il disparaît pour aller tuer ailleurs.

Richard mâchonnait nerveusement son stylo.

— Mais il y a un problème. La ville est petite. S'il voyageait autant, on l'aurait remarqué.

Le silence s'installa, lourd.

Loïc se leva lentement de sa chaise. Le bois grinça.

— Et s'il y avait plusieurs tueurs ?

La phrase tomba dans la salle comme une mort intérieure.

Personne ne répondit.

Pas parce que l'idée était trop dure à entendre.

Mais parce qu'elle rappelait une vérité simple.

Je suis intouchable.

Rory leva la main, presque par réflexe.

— Tu n'as pas besoin de lever la main, Rory, dit Richard. On n'est plus au SHARD.

Un rappel brutal de ce qui n'existait plus.

— J'ai étudié ces meurtres pendant des années, répondit Rory. Bien avant d'intégrer le SHARD. Et je peux vous l'affirmer : il s'agit d'un seul artisan.

Un seul.

Moi.

— J'ai une proposition, ajouta-t-il. Installer des caméras dans toutes les rues où les meurtres se sont répétés. Juste pour avoir un œil.

L'idée fit son chemin.

Elle était bonne.

Et terriblement coûteuse.

Il y avait plus de cent zones où j'avais frappé.

Bonne chance, les gars.

— Comment on finance ça ? demanda quelqu'un. On a des familles à nourrir.

— Et si le SHARD ou la police découvre ces caméras, ajouta un autre, ils pourraient remonter jusqu'à nous.

Le silence retomba, encore plus lourd.

---

Pendant ce temps, de l'autre côté, le S.H.A.R.D. prenait une décision radicale.

Une nouvelle équipe venait d'être formée.

À sa tête : Elena.

Une femme d'expérience, froide, méthodique. Elle avait dirigé une branche de défense du SHARD pendant des années, mais cette fois, elle quittait la protection armée pour revenir à son premier amour :

les enquêtes criminelles.

Cela faisait déjà plusieurs semaines depuis l'annonce officielle du porte-parole du SHARD, annonçant la dissolution de leur équipe chargée de…

LES OMBRES S'ÉPAISSISSENT

Le silence qui avait suivi la dernière discussion ne s'était jamais vraiment dissipé.

Dans l'entrepôt, l'air semblait plus lourd, presque étouffant. Les néons continuaient de grésiller, mais désormais chaque crépitement sonnait comme un compte à rebours. Les membres de la Brigade Fantôme restaient immobiles, figés dans leurs pensées. Certains évitaient le tableau, comme si le regarder trop longtemps pouvait les trahir.

Rory avait reculé d'un pas.

Il sentait quelque chose.

Une pression diffuse.

Cette sensation désagréable qu'il connaissait trop bien : celle d'être observé sans pouvoir en identifier la source.

Loïc feuilletait nerveusement un dossier. Ses doigts tremblaient légèrement, pas de peur — de lucidité. Il savait que ce qu'ils faisaient dépassait déjà une simple enquête parallèle. Ils avaient franchi une ligne invisible.

— On ne peut pas s'arrêter maintenant, murmura quelqu'un.

Personne ne répondit.

Parce que s'arrêter signifiait accepter l'échec.

Continuer signifiait affronter quelque chose de bien plus grand qu'eux.

Rory inspira profondément. L'odeur du métal et de la poussière lui brûla légèrement les narines.

Il n'eut pas le temps de parler.

Son téléphone vibra.

Une vibration sèche. Unique.

Comme un avertissement.

Numéro masqué.

Rory hésita une seconde. Puis décrocha.

— Rory.

Un silence.

Puis une voix. Calme. Précise. Dépourvue de toute émotion inutile.

— Bonjour Rory. Ici Elena.

Son cœur se serra.

Il connaissait cette voix. Tout le monde au SHARD la connaissait.

— Je suppose que tu sais pourquoi j'appelle.

Rory s'éloigna légèrement du groupe, son regard fuyant les autres. Chaque pas résonnait trop fort dans l'entrepôt.

— Non, mentit-il.

Un léger souffle passa dans le combiné. Presque un sourire invisible.

— Nous savons pour la Brigade Fantôme.

Le monde sembla se contracter autour de lui.

— Nous savons où vous êtes.

— Nous savons qui en fait partie.

— Et nous savons ce que vous cherchez.

Rory sentit sa gorge se nouer.

— Ce que vous faites est dangereux, continua Elena. Pas seulement pour vous. Pour l'enquête.

— Vous ne faites rien avancer, répondit Rory, plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Vous êtes restés immobiles pendant des années.

— Et vous, répliqua-t-elle, vous êtes sur le point de commettre une entrave majeure à une enquête fédérale.

Le mot tomba comme une lame.

Entrave.

— Le S.H.A.R.D. exige l'intégralité de vos informations concernant le tueur, dit Elena. Chaque dossier. Chaque piste. Chaque hypothèse.

Rory serra le téléphone contre son oreille. Il entendait sa propre respiration, trop rapide.

— Et à partir de maintenant, ajouta-t-elle, vous arrêtez immédiatement toute tentative de résolution indépendante.

— Sinon quoi ? demanda Rory.

Un silence.

Puis, froid.

— Sinon vous serez arrêtés.

Elle ne criait pas.

Elle ne menaçait pas.

Elle constatait.

— Vous avez vingt-quatre heures, conclut-elle. Après cela, le SHARD reprendra tout. Avec ou sans votre coopération.

La ligne se coupa.

Rory resta immobile, le téléphone toujours collé à l'oreille, comme si la voix pouvait revenir. Autour de lui, la Brigade Fantôme continuait de respirer, d'exister… sans savoir qu'elle venait d'être condamnée.

Il releva lentement la tête.

— Ils savent, dit-il simplement.

LE RETOUR DU SHARD

Le siège du SHARD était en effervescence.

Des écrans s'allumaient, des dossiers circulaient, des agents entraient et sortaient avec une précision mécanique. L'odeur du désinfectant se mêlait à celle du café brûlé. Ici, tout allait vite. Trop vite pour laisser place au doute.

Elena marchait au centre de la salle principale.

Son pas était assuré. Son regard droit. Elle ne regardait ni les murs ni les écrans : elle regardait devant. Toujours.

— Annonce officielle dans dix minutes, dit un agent.

Elena hocha la tête.

Elle s'arrêta devant une vitre donnant sur la ville. Les lumières urbaines scintillaient au loin, indifférentes.

— Cette fois, murmura-t-elle, on ne les laissera pas nous devancer.

Elle savait que la Brigade Fantôme existait déjà depuis trop longtemps. Des amateurs talentueux. Des fantômes qui croyaient pouvoir échapper au système.

Elle n'aimait pas les fantômes.

LA TÉLÉVISION.

La chambre d'hôpital était silencieuse.

Trop silencieuse.

Le bip régulier des machines était devenu une présence constante, presque rassurante. L'odeur aseptisée flottait dans l'air, agressant mes sens déjà fatigués. Mon corps me faisait mal. Pas une douleur franche. Une douleur sourde. Persistante.

Je bougeai légèrement la tête.

La télévision était éteinte.

J'appuyai sur la télécommande.

L'écran s'alluma dans un éclat trop vif.

Des images banales. Une publicité. Puis une autre.

Et soudain —

FLASH INFO

La musique stridente me fit cligner des yeux.

> « Le SHARD annonce officiellement la création d'une nouvelle unité spéciale dédiée aux enquêtes criminelles majeures… »

Mon cœur ralentit.

L'image changea.

Une femme apparut à l'écran.

Droite. Calme. Inflexible.

> « Cette unité sera dirigée par Elena, figure reconnue du SHARD, connue pour son efficacité et sa rigueur… »

Je la regardai.

Longuement.

Un sourire se dessina lentement sur mon visage meurtri.

Ils reviennent.

Enfin.

La caméra montrait Elena entourée d'agents, le logo du SHARD brillant derrière elle comme un symbole d'autorité retrouvée.

> « Le SHARD affirme vouloir mettre fin à l'ère des initiatives non autorisées et reprendre le contrôle total des enquêtes en cours… »

Je laissai échapper un léger souffle.

Un rire presque imperceptible.

Ils croient entrer dans la partie.

Mais la partie a commencé depuis longtemps.

Et moi…

Je suis déjà à la fin.

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