**L'Écho du Piano**
Je m'appelle Lou.
J'ai seize ans.
Et depuis que Mamie est partie, je monte tous les jours dans le grenier.
L'escalier craque.
La poussière danse dans les rayons de soleil qui passent par la petite fenêtre cassée.
Au milieu, il y a le piano.
Noir, écaillé, oublié.
Les touches jaunies comme des dents vieilles.
Personne n'y a touché depuis des années.
Le premier jour, je m'assieds juste devant.
Je pose mes doigts.
Une note.
Sol.
Le son sort tout seul, un peu faux, un peu triste.
Et là, quelque chose se passe.
Une mélodie répond.
Pas du piano.
Dans ma tête.
C'est l'anniversaire de mes huit ans.
Mamie avait raté le gâteau, il était brûlé.
On avait ri.
On avait dansé sur du vieux jazz.
Je n'y avais plus pensé depuis des années.
Mais là, c'était clair.
Vivant.
Je reviens le lendemain.
Je joue un do.
Une autre image arrive : Mamie qui me montre comment faire un avion en papier.
On l'avait lancé du balcon, il avait volé loin.
J'avais crié de joie.
Elle avait souri, les yeux brillants.
Chaque jour, une note.
Chaque note, un souvenir.
Des choses petites.
Des choses que j'avais rangées loin parce que ça faisait trop mal depuis qu'elle n'était plus là.
Un soir, je joue une suite.
Plus longue.
Plus forte.
Et là, c'est moi qui chante dans ma tête.
Une chanson qu'on inventait ensemble.
« Les nuages sont des bonbons volants… »
Je pleure.
Mais pas de tristesse.
De gratitude.
Le dernier jour, je décide de le vendre.
On a besoin d'argent pour mes études.
Je touche les touches une dernière fois.
Je joue la mélodie de l'avion en papier.
Le piano ne répond pas.
Silence.
Juste le vent qui passe par la fenêtre.
Je comprends.
Il n'y avait jamais eu de magie.
C'était moi.
Moi qui me souvenais.
Moi qui jouais pour me guérir.
En descendant l'escalier, je laisse la porte ouverte.
Le soleil continue d'entrer.
Et quelque part, dans ma tête, j'entends une dernière note.
Pas du piano.
La voix de Mamie.
Douce.
« Tu sais jouer maintenant, ma Lou.
Continue. »
**FIN.**
Parfois, les plus beaux échos
ne viennent pas des objets.
Ils viennent de nous.
Quand on ose enfin
les laisser résonner.
🤍
