La nuit n'était pas tombée.
Elle s'était refermée.
L'arène portait encore les cicatrices du duel. Le sable noirci, l'air chargé d'ozone. Le tournoi était suspendu.
Mais personne ne parlait de reprise.
Parce que les cris venaient désormais du village.
Une explosion fit trembler les murs.
Le maître de l'Air se tourna vers le balcon.
Dans les ruelles, des formes noires se déplaçaient.
Humanoïdes.
Instables.
Des corps faits d'ombre compacte, aux yeux rouge terne.
— Les barrières étaient actives, dit le chef de la Terre.
— Elles ont été forcées de l'intérieur, murmura la cheffe de l'Eau.
Le maître du Feu s'embrasa immédiatement.
— On les arrête. Maintenant.
Ils sautèrent dans la nuit.
Akai respirait difficilement.
Son sceau pulsa.
Une fois.
Puis plus fort.
Les ombres dans le village changèrent de direction.
Elles convergeaient.
Vers lui.
Dans son esprit, l'obscurité vibrait.
— Tu vois…
La voix était presque satisfaite.
— Même scellé… je les appelle.
— Tais-toi… murmura Akai.
Un hurlement éclata dehors.
Puis le mur de l'infirmerie explosa.
Une créature plus massive que les autres entra.
Son corps était fissuré d'énergie sombre.
Elle ne hurla pas.
Elle se jeta sur Akai.
Le sceau réagit.
La créature traversa son corps comme une vague noire.
Akai se cambra.
Un cri.
Le bâtiment trembla.
Dans le village, toutes les ombres se figèrent.
Puis explosèrent en poussière.
Un silence irréel tomba.
Akai se releva.
Lentement.
Ses yeux étaient noirs.
Totalement.
Une aura sombre s'étendait autour de lui, écrasant l'air comme une pression invisible.
Le maître du Feu arriva en premier.
Il s'immobilisa.
— Akai.
Aucune réponse.
Le sable autour du garçon se fissura.
Le bois des maisons voisines commença à se carboniser sans flammes visibles.
Une distorsion.
L'espace vibrait.
— Reculez ! ordonna le maître du Feu aux autres.
Il fit un pas en avant.
— Ce n'est pas toi. Reviens.
La tête d'Akai se pencha légèrement.
Un sourire.
Qui n'était pas le sien.
— Tu brûles si faiblement.
Le sol explosa.
Une onde noire balaya la rue.
Le maître du Feu érigea un mur flamboyant colossal.
Impact.
Les flammes se tordirent.
La pression était écrasante.
Akai disparut.
Réapparut derrière lui.
Un coup.
Pas élémentaire.
Brut.
Le maître du Feu fut projeté à travers trois bâtiments.
La rue s'embrasa.
Le chef de la Terre érigea une muraille massive pour contenir la zone.
Elle se fissura immédiatement.
La cheffe de l'Eau tenta d'immobiliser Akai avec des chaînes liquides.
Elles s'évaporèrent dans une vapeur sombre.
— Ce n'est pas un élément ! cria-t-elle.
Le maître du Feu se releva.
Ensanglanté.
Il inspira profondément.
Ses flammes changèrent.
Plus denses.
Plus blanches.
Il chargea.
Le choc illumina la nuit entière.
Une explosion digne d'un cataclysme déchira le village.
Des maisons s'effondrèrent.
Le ciel lui-même sembla se fendre.
Le maître du Feu frappa directement Akai au torse.
Le sceau brilla violemment.
Un cri — humain cette fois — traversa l'air.
L'aura noire vacilla.
— PAS ENCORE, gronda la voix à travers lui.
Le maître du Feu saisit Akai et concentra toute sa puissance dans une seule impulsion.
Un pilier de flammes s'éleva.
Puis le silence.
Akai s'effondra.
Inconscient.
Le sceau fumait.
Le maître du Feu resta debout quelques secondes.
Puis tomba à genoux.
Son bras était brûlé jusqu'à l'os.
Son torse lacéré par l'énergie sombre.
Il cracha du sang.
— La prochaine fois…
Sa voix tremblait.
— Je ne pourrai pas le retenir.
La cheffe de l'Eau le rattrapa.
Le maître de l'Air fixait Akai.
Son regard n'était plus seulement inquiet.
Il était grave.
— Ce n'était qu'une fraction.
— Où est Tsuki ?
Personne ne répondit.
Un élève accourut.
— Il… il a disparu pendant l'attaque.
Silence.
Le maître de l'Air ferma les yeux.
— Évidemment.
Raijin observait les flammes au loin.
Un léger sourire sur les lèvres.
— Ce n'était qu'un fragment…
L'éclair autour de ses doigts crépita doucement.
— Alors que se passera-t-il… quand la fissure s'ouvrira vraiment ?
La mer gronda en contrebas.
Et au-dessus d'eux…
La lune était voilée par les nuages.
Le village fumait encore.
L'odeur du bois brûlé se mêlait à celle de la mer.
Le silence, cette fois, n'était pas naturel.
Il était méfiant.
Il respirait difficilement.
Allongé dans la grande salle du temple.
Son bras droit enveloppé de bandages imprégnés d'onguents rares.
La cheffe de l'Eau gardait une main posée sur sa poitrine pour stabiliser son flux vital.
— Il vivra, dit-elle finalement.
Le chef de la Terre ferma les yeux de soulagement.
Mais le maître de l'Air ne regardait pas le blessé.
Il regardait la salle d'à côté.
Akai était enfermé.
Une cellule provisoire, scellée par la Terre et renforcée par l'Air.
Des symboles tracés à l'eau autour du sceau.
Il dormait.
Inconscient.
— Nous ne pouvons pas prendre le risque qu'il se réveille libre, déclara le maître de l'Air.
— C'est un élève, répondit sèchement la cheffe de l'Eau.
— C'est une brèche.
Le chef de la Terre resta silencieux.
— S'il perd encore le contrôle…
Le maître de l'Air termina la phrase :
— Nous l'éliminerons.
Le mot resta suspendu.
Lourd.
Akai ouvrit les yeux.
Plafond de pierre.
Air sec.
Une douleur sourde dans tout le corps.
Il voulut se redresser.
Des chaînes de pierre s'ajustèrent immédiatement autour de ses poignets.
Il se figea.
— Qu'est-ce que…
Le sceau sur sa poitrine brûla légèrement.
Pas violemment.
Juste… présent.
Des pas résonnèrent.
La cheffe de l'Eau entra la première.
Son regard était plus triste que sévère.
— Tu te souviens de quelque chose ?
Akai fronça les sourcils.
Images floues.
Foudre.
Impact.
Puis…
Noir.
— Non.
Sa voix tremblait.
— Qu'est-ce qui s'est passé ?
Silence.
Le maître de l'Air entra à son tour.
— Tu as perdu le contrôle.
Le cœur d'Akai se serra.
— J'ai blessé quelqu'un ?
Personne ne répondit immédiatement.
Ce silence en disait plus que des mots.
— Le maître du Feu est gravement blessé.
Le monde sembla vaciller.
— Non…
Il tenta de se lever.
Les chaînes se resserrèrent.
— Laissez-moi sortir !
— Pas tant que nous n'aurons pas compris ce que tu es devenu.
Le regard du maître de l'Air était tranchant.
Akai sentit une fissure invisible s'ouvrir en lui.
Pas dans le sceau.
Dans sa poitrine.
— Je n'ai rien fait…
Sa voix se brisa.
— Je ne me souviens de rien…
— Mensonge.
La voix résonna calmement.
Akai se retrouva dans l'espace noir.
Les chaînes autour de la silhouette étaient plus tendues.
Plus fissurées.
— Tu as aimé la sensation.
— Tais-toi !
— La puissance.
— Le silence quand ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas te contenir.
Akai serra les dents.
— Je ne voulais pas ça !
Un rire grave.
— Et pourtant… tu m'as laissé respirer.
Les chaînes vibrèrent légèrement.
— Il dit ne se souvenir de rien, expliqua la cheffe de l'Eau.
— Pratique, répondit le maître de l'Air.
— Il dit la vérité.
— Peut-être.
Le chef de la Terre parla enfin :
— Et Tsuki ?
Silence.
— Toujours introuvable.
Le maître de l'Air posa les mains derrière le dos.
— Il disparaît au moment exact où les démons surgissent.
— Il intervient lors du duel.
— Son aura n'est pas identifiable.
Il inspira lentement.
— Coïncidence ?
La cheffe de l'Eau ne répondit pas.
Mais son regard montrait qu'elle doutait.
Akai était assis contre le mur.
Les chaînes toujours autour de lui.
Il fixait le sol.
— Ils ont peur de toi, murmura la voix.
— Ils ont raison.
— Non.
Un silence.
Puis :
— Ils ont peur de ce qu'ils ne comprennent pas.
Akai leva les yeux dans l'obscurité intérieure.
— Et toi… tu veux quoi ?
Un temps.
Puis une réponse simple.
— Détruire ce qui m'a trahi.
Un frisson parcourut Akai.
— Qui ?
Mais la voix ne répondit pas.
Au sommet des falaises.
Tsuki se tenait seul.
Le vent tournoyait violemment autour de lui.
Il observait le temple au loin.
Son regard n'était ni calme ni froid.
Il était troublé.
Il posa une main sur sa poitrine.
Comme si quelque chose résonnait en lui.
— Tu as laissé la fissure s'ouvrir…
Il murmura ces mots à la lune voilée.
Puis il ferma les yeux.
— Je dois intervenir.
Mais sa voix tremblait légèrement.
Pour la première fois.
