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Chapter 4 - Chapitre 4 ECHEC

L'entraînement ne s'arrêta pas.

Il s'intensifia.

L'eau autour de lui changea encore de nature. Elle n'était plus fluide, ni violente. Elle devint lourde, oppressante, comme une masse invisible écrasant son esprit. Chaque goutte semblait porter une mémoire différente. Des siècles de cris, de morts, de prières noyées.

— Ne fuis pas, ordonna la chef de l'eau. Tu dois aller plus loin.

Son cerveau hurlait.

Ce n'était plus une douleur physique. C'était une surcharge. Comme si son esprit tentait de contenir un océan entier dans un verre fêlé. Des veines ressortaient sur ses tempes. Sa vision se brouilla.

— J… j'entends quelque chose…

Les autres chefs se figèrent.

— Qu'as-tu entendu ? demanda celui de la terre, pour la première fois inquiet.

L'eau autour de lui se mit à vibrer.

Un mot.

Pas une voix.Pas une phrase.

Un nom.

Il résonnait dans son esprit comme une cloche brisée. Impossible à saisir entièrement, mais suffisant pour provoquer un effondrement intérieur.

— Arrêtez… je crois que je…

Trop tard.

La marque sur son cou explosa de lumière sombre. L'eau autour de lui devint noire, teintée d'ombres mouvantes. Le sol se fissura sous la pression. L'air se mit à hurler.

— NON ! cria la chef de l'eau.

Une présence se manifesta.

Pas complètement.

Pas encore.

Mais assez pour être ressentie.

Le ciel au-dessus de l'espace d'entraînement vira au rouge sombre. Une lune de sang apparut brièvement, déformée, instable, comme un reflet interdit.

Le jeune homme tomba à genoux, puis sur les mains. Du sang coula de son nez. Ses yeux étaient grands ouverts, figés par la terreur.

— Son nom… souffla-t-il. Je… je crois que je vais…

Son cerveau sembla se comprimer sur lui-même. Une pression insupportable. Comme si quelque chose essayait de graver ce nom dans sa conscience à coups de marteau.

— ASSEZ ! cria la chef de l'eau.

Elle frappa le sol.

L'eau s'effondra brutalement sur lui, non pour attaquer, mais pour couper. Couper la connexion. Couper la mémoire. Couper le lien.

Il hurla.

Puis plus rien.

Son corps s'affaissa, inerte.

Le silence retomba violemment.

L'espace d'entraînement tremblait encore, fissuré, instable. La lune de sang avait disparu, comme si elle n'avait jamais existé.

Les chefs restèrent immobiles.

— Il était à deux secondes, murmura celui de l'air. Deux secondes de plus et il aurait entendu le nom entier.

— Et s'il l'avait entendu… répondit la chef de la terre, sombrement… il n'aurait plus jamais pu l'oublier.

La chef de l'eau s'agenouilla près du corps inconscient.

— Son esprit n'est pas prêt. Pas encore. Le premier héros a entendu ce nom… et c'est à ce moment-là qu'il a commencé à mentir au monde.

Elle posa la main sur le front du jeune homme.

— Cet échec était nécessaire, dit-elle. Mais il a failli nous coûter tout.

Le sceau sur le cou du jeune homme pulsa une dernière fois, plus faiblement.

Dans l'obscurité de son esprit, une trace subsistait.

Pas un nom.

Pas une voix.

Juste une sensation.

Une certitude glaciale.

Un bip régulier. Lent. Méthodique.

Akai reprit conscience brutalement, comme s'il remontait à la surface après une noyade interminable. Sa poitrine se souleva dans une inspiration douloureuse. L'air lui brûla les poumons.

— …gh…

Sa tête lui faisait horriblement mal. Non. Ce n'était pas une douleur normale. C'était comme si son cerveau avait été compressé, étiré, puis relâché trop vite. Une migraine violente pulsait derrière ses yeux, menaçant de les faire exploser à chaque battement de cœur.

Il ouvrit difficilement les paupières.

Plafond blanc. Trop blanc.Lumière artificielle.Odeur de désinfectant.

— Hôpital… ?

Il tenta de bouger. Une douleur fulgurante le cloua immédiatement. Des électrodes étaient posées sur sa poitrine, des perfusions à ses bras. Son cou était bandé.

La marque.

Son souffle se coupa.Il porta instinctivement la main vers son cou. Sous le pansement, il la sentait encore. Présente. Silencieuse. Attentive.

— …Ça recommence… murmura-t-il.

Une voix familière se fit entendre derrière lui :

— Tu es réveillé.

Akai tourna la tête et aperçut Tsuki flottant légèrement au-dessus du sol, le visage grave mais rassurant.

— Tu as perdu le contrôle hier soir, dit Tsuki calmement.

Le jeune homme grimaça, serrant les poings.— Je… je pensais que je pouvais…

— Tu ne peux pas. Pas encore. Il faut encore t'entraîner.

— …C'est insupportable… mon cerveau… je crois qu'il va exploser.

— Normal. Ce n'est que le début. L'entraînement va être brutal. Tu dois apprendre à supporter ça si tu veux survivre.

Akai grimaça, sentant chaque fibre de son corps hurler de douleur. Mais il comprit que Tsuki n'était pas là pour le ménager. Il allait pousser Akai jusqu'à ses limites, jusqu'au premier échec.

— Bien, alors… montre-moi ce que tu peux faire, dit Tsuki.

Le sceau sur le cou d'Akai pulsa violemment, résonnant avec la mémoire de l'eau et les souvenirs des générations passées. Chaque goutte autour de lui semblait consciente, prête à le soutenir ou à le punir.

Akai inspira profondément. Il savait que cette fois, il ne pourrait pas compter sur la chance. Il devait affronter la douleur, le pouvoir et la peur… ou échouer.

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